Il faut relire Paul LAFARGUE!
Gendre de Marx (Karl), et faisant partie de “l’avant-garde éclairée” du Parti (le vrai, le seul, celui de Jules Guesde), il a écrit en 1883 un petit pamphlet, intitulé Le droit à la paresse (n°30 de la collection Mille et Une Nuits, chez Fayard), qui est plus que jamais d’actualité.
De façon iconoclaste et provocatrice (pour aujourd’hui, donc a fortiori pour son époque), il dénonce un dogme désastreux, “cette étrange folie qui possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste”: l’amour du travail, cette aliénation inventée par les capitalistes pour faire accepter aux ouvriers leur condition d’esclaves des temps modernes!
Quelques citations suffisent à faire comprendre le propos:
“Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralisres, ont sacro-sanctifié le travail.”
“Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique.”
“Les philosophes de l’Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre”…
“Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption.”
“Si les crises industrielles suivent les périodes de sur-travail aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elles le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable.”
“A mesure que la machine se perfectionne et abat le travail d’un homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur comme s’il voulait rivaliser avec la machine. O concurrence absurde et meurtrière!”
“Etant donné les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimitée, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger à consommer les marchandises qu’ils produisent.”
“Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers…”
C’était en 1883…
Alors, allons-nous reproduire indéfiniment les mêmes erreurs, et laisser se développer une société à deux vitesses?
Qu’attendons-nous pour penser et promouvoir une société du non-travail? De bons esprits s’y sont essayé, comme le philosophe André GORZ (voir à ce sujet l’excellent article: www.inventaire-invention.com/lectures/gibourg_gorz.htm), ou des économistes comme Yoland BRESSON-et son revenu d’existence-, ou Alain LEROUX, qui fait des propositions concrètes pour éliminer la pauvreté. Ce sont de vrais utopistes, et seule l’utopie peut nous sortir de la crise que nous traversons, sinon les mêmes causes produiront les mêmes effets!
Il n’y a pas de fatalité néo-libérale!
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