Peut-on toucher à Intouchables?
La question n’est pas de savoir si c’est un “grand” film, car il s’agit d’une gentille bluette dans la grisaille ambiante, une comédie-conte de fées basée sur une recette éprouvée depuis La vache et le prisonnier, La chèvre et autre Diner de cons, sauf qu’ici pas d’animaux ni de cons mais deux handicapés (l’un physique, l’autre social) que tout oppose mais dont l’association va profiter aux deux. C’est bien fait, c’est léger, on sourit, et parfois un rire automatique a pu m’échapper. J’en suis sorti avec l’impression d’avoir passé un bon moment, en attendant le prochain spectacle vraiment drôle. Mention spéciale à Omar Sy et Audrey Fleurot (la Joséphine canon - elle l’est toujours -, de l’excellente série française Engrenages). Quant au jeu de François Cluzet, il est un peu… statique (pardon pour le mauvais goût).
En tout cas ce n’est pas un film sur le handicap ni sur le problème des banlieues, qui ne sont que prétexte à comédie et pas à analyse et encore moins à subversion. Une première lecture pourrait même laisser penser qu’il ne suffit pas d’être très riche pour être heureux, que le malheur n’est pas l’apanage des pauvres, et que le hasard fait parfois bien les choses. Autrement dit qu’il suffit de se laisser porter par son appétit de vivre et les vaches (encore!) seront bien gardées…
Donc la question est : pourquoi une telle audience?
Parce que le problème du handicap est traité avec tact? Oui pour le tact, mais le handicap n’est pas un problème à résoudre, c’est une question sociétale de solidarité et de justice, tout comme le problème dit des banlieues, euphémisme cachant une ségrégation à tous les niveaux. Donc ce n’est pas la raison.
Parce que ce film montre une France de la diversité “réconciliée”? Pas plus, car les deux mondes restent bien cloisonnés et ne se croisent que par le hasard d’un “petit” boulot…
Parce qu’il est humain, profondément humain? Vrai pour les deux protagonistes, mais les seconds rôles ont peu d’épaisseur.
Parce que c’est la crise, et qu’on a besoin de rigoler? Je n’ai pas vu une salle pliée de rire, mais il est vrai qu’en période de grisaille, on est attiré par tout ce qui nous en sort…
Autrement dit, toute bonne comédie qui tend à montrer l’homme à son avantage a de bonnes chances de plaire.
Celle-ci et venue à point.
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