Piccolo

piccolo.jpg C’est un groupe nancéen de cinq chanteurs a cappella. La mixité est minimum (20%), mais l’idéologie des quota n’a heureusement pas encore atteint le domaine musical…

Leur production est hautement jouissive, et il faut absolument les voir, car c’est là que leurs remarquables qualités scéniques donne toute leur ampleur à leurs excellentes qualités musicales.

Qu’ils s’emparent des chansons revisitées du répertoire ou qu’il s’agisse de leurs créations, ce qui emporte l’adhésion c’est une fantaisie et un humour constamment présents, et ils excellent dans les brocards sur des thèmes d’actualité comme dans la transformation de petits faits de vie en poésie pure .

On ne saurait mieux démontrer que dans la vie tout est musique, pour peu que l’on tende l’oreille…

Un bravissimo à ce groupe: Piccolo ma non troppo!

Invictus

invictus.jpg ou comment un sport de brutes peut ressouder une nation après 42 ans de racisme pur et dur!

On ne voit pas passer les 2H15 du film tellement on est pris à la gorge (coup interdit au rugby, pas au cinéma!).

Un grand sujet, servi par un grand cinéaste (merci, M. Eastwood, autant vous m’avez déçu avec Gran Torino, autant là, vous m’épatez), et un très grand acteur (Morgan Freeman, plus Mandela que nature). Matt Damon fait pâle figure à côté de lui, si je puis dire…

C’est un film historique et politique, au sens noble des termes, et ça change un peu des polars complaisants (Mesrine, pas Un Prophète) ou des comédies douces-amères sur le mal-être des classes moyennes dans une “démocratie” occidentale en fin de civilisation.

Ce qui est vraiment fascinant, dans ce film comme dans l’histoire de l’Afrique du Sud, c’est cette leçon donnée aux blancs, à un pays, et au monde entier, par un homme qui a subi profondément l’apartheid (27 ans de prison dans une cellule de 3 m²), et qui va réussir à tourner la page et à la faire tourner à son peuple, seul contre tous au début. Ce que montre ce film, c’est que la réconciliation (je préfère ça au pardon, à connotation métaphysique) est toujours possible, même après les pires horreurs. Et si Mandela a réusi ce tour de force, c’est, comme il dit, grâce à “son âme insoumise”, qui lui permettait de rester “libre”, même dans sa geôle de Robben Island…

Chapeau M. Mandela, et chapeau M. Eastwood, d’avoir si bien rendu ce grand moment de l’histoire des hommes progressant vers l’humanité!

Le rugby est secondaire, et j’aurais préféré le foot, mais bon, ce n’est qu’un prétexte.

Grand moment de cinéma, et je mets quiconque au défi de rester le coeur sec devant ce film.

En sortant on se prend à rêver: quel Mandela, quel Gandhi, quel Martin Luther King français saura dépasser les clivages communautaires et redonner à la France le goût du vivre ensemble? Ce n’est sûrement pas du côté des golden boys bling bling du CAC40 qu’on le trouvera…

Whatever works

whatever.jpg Vu en cours de rattrapage: merci Télérama!

Je m’étais lassé de Wody Allen, qui ne se renouvelait plus, qui ne me faisait plus rire.

Mais il n’est jamais aussi bon que dans l’auto-dérision! Car si ce n’est pas autobiographique…, et pourtant il ne joue pas!

J’ai ri de bon coeur à cette superbe démonstration du lien entre génie et folie, et de la réversibilité des passions et postures humaines.

Un régal d’humour, un très bon moment.

Inglorious basterds

basterds.jpg Non mais ça va pas? C’est quoi cette idée d’essayer de faire de l’humour avec une des plus grandes tragédies de l’histoire? Je dis bien essayer parce que je n’ai pas souri une fois, et comment serait-ce possible?

Il y a des choses qui ne se font pas!

On peut rire de tout, disait Desproges, mais pas avec n’importe qui!

Je n’ai pas envie de rigoler de ce sujet avec vous, M. Tarantino.

Y en a marre du nième film de guerre avec ses bons et ses méchants, même traités impolitiquement corrects!

Alors bien sûr, on va me dire qu’il ne faut surtout pas le regarder au 1er degré. Mais je ne vais pas au ciné pour voir des films de cinéma sur le cinéma. Tarantino se fait plaisir avec des clins d’oeil aux cinéphiles avertis, et alors? C’est son droit, mais pas celui de nous infliger, et pendant 2H33, des litres d’hémoglobine avec la même délectation que si c’était du lait!

La violence n’est pas détournée, car elle n’est pas fictive: elle est inscrite dans notre chair à jamais, c’est notre devoir de mémoire.

Je trouve ce film de très mauvais goût, et le plus mystérieux est pour moi le fait qu’il ait été placé parmi les meilleurs films de l’année par la rédaction et les lecteurs de Télérama!.

TETRO

tetro.jpg Tetro, c’est trop! Quel film! Il n’y a rien à jeter, ça c’est du cinéma!

Tout m’a plu:

- l’histoire (classique la recherche du père, mais pas dévoilée immédiatement, et tellement bien amenée)

- la dramaturgie du scénario (ce dévoilement progressif des êtres, de leurs mystères et de leurs frustrations, et cette tension dramatique qui culmine dans l’émotion quand on s’approche du happy end)

- la mise en scène (formellement magnifique, avec cette trouvaille géniale de l’inversion des couleurs -c’est le passé, comme le rêve, qui est coloré-)

- et cette façon de filmer Buenos Aires (on n’avait pas vu ça depuis les grands cinéastes italiens de la 2ème moitié du 20ème siècle: de Sica, Rossellini, Fellini…)

- et le jeu des acteurs, tous excellents, car excellemment dirigés

Fantasmatique et fascinant! Merci, M. Coppola. 

Pour moi, le film de l’année, à ne manquer sous aucun prétexte!

On a tous intérêt à  se méfier de la lumière

Rapt

rapt.jpg L’affaire du baron Empain n’avait rien pour m’inciter à aller voir ce film: un capitaine d’industrie richissime et belge qui se fait capturer par des “petits” malfrats qui n’en veulent qu’à son argent, c’est d’une platitude! On se prend à regretter que ce ne fut pas un groupe armé révolutionnaire faisant mordre la poussière à un Dassault ou un Rothschild…

Alors pourquoi y suis-je allé? Sans doute pour deux raisons: le parfum de scandale entourant une affaire véridique qui se termine curieusement, et l’acteur principal (bravo Yvan Attal).

Et je n’ai pas été déçu!

Le film est bien fait, on ne s’ennuie pas une minute, et la peinture du monde de l’argent (économie, politique et jeu) sonne remarquablement juste, un monde où  soigner son image et tenir son rang est infiniment plus important que réussir sa vie amoureuse et familiale.

Le plus intéressant est que les malfrats sont les plus sympathiques, j’allais presque dire les plus humains, de tous les protagonistes! Les autres sont hélas conformes au triste constat courant: les capitalistes sont des machines à sauver leur profit, et les politiques leur réélection…

En fait ils sont tous odieux, dans ce film qui nous renvoie une image assez désespérante du monde qui est considéré comme celui de la réussite sociale. Ce monde est aussi noir que celui des malfrats: l’objectif est le même, seule la méthode pour l’atteindre est différente, et l’une n’est pas plus vertueuse que l’autre!

Et il n’est même pas sûr que cette expérience fut rédemptrice pour qui que ce soit!

Pas étonnant que ce film n’ait pas plu aux deux extrêmes de la presse française que sont l’Huma et Paris Match, évidemment pour des raisons opposées…

Le film de Lucas Belvaux m’a pris à la gorge et ne m’a pas lâché. Grâce à une dramaturgie haletante et à des rapports psychologiques finement brossés, il fait remarquablement sentir comment la vérité des êtres les plus carapaçonnés se dévoile dans l’épreuve.

C’est toute la magie du cinéma de ne pas faire écran… à l’émotion!

A l’origine

origine.jpg Où la réalité dépasse la fiction!

Avec une histoire pareille, pas de quoi faire un film, car pas du tout, mais pas du tout crédible. La surprise, c’est que c’est une histoire vraie, ce qui en dit long sur l’absurdité de la vie, et là, le film prend une vraie dimension humaine, surtout qu’elle est portée par de vrais et grands acteurs (F. Cluzet, E. Devos, G. Depardieu…).

L’escroc qui se prend au jeu, c’est banal et mille fois vu. Mais la petite collectivité locale qui, en temps de crise, est prête à se vouer à n’importe quel “sauveur” (héros ou escroc? la différence est minime…), en faisant preuve de dynamisme et de solidarité, c’est ça qui est intéressant sur le plan sociologique et humaniste.

Et on découvre que le projet est secondaire: ce bout d’autoroute qui ne va nulle part, on s’en fout, l’essentiel est de le construire! Cela fait réfléchir sur les grands desseins: ils ne sont pas nécessaires à l’échelle humaine. Ce qui compte pour une communauté, ce n’est pas le dessein, mais le dessin, au sens de se dessiner dans le temps et l’espace voisins non pas une route, mais une trajectoire commune, qui donne un sens, une direction, même s’il n’y a pas de terme… L’important n’est pas de savoir où l’on va, mais d’y aller ensemble! Tiens, ne serait-ce pas une définition de l’identité… sociale?

Voilà la philosophie de ce film tout à fait bien mené (comme un thriller social) où on ne s’ennuie pas une minute et dont on sort réjoui par ce bon tour que les hommes sont capables de se jouer à eux-mêmes, et qui montre bien que la joie et la douleur, la réussite et l’échec, l’amour et la haine, le vice et la vertu, non seulement sont les deux faces d’une même médaille, mais sont vraiment le fait du hasard et non d’une planification.

C’est la vraie vie qui se déroule sous nos yeux, celle des gens englués dans la glaise de leur ennui ou  de leurs ennuis, mais prompts à se satisfaire de la moindre lueur d’espoir et de solidarité.

 Au passage la crédulité et les petites vilénies de l’homo socius sont gentiment brocardées, sans appuyer le trait, sans dénonciation moralisante, car le parti pris du réalisateur n’est pas de démontrer, mais simplement de montrer, en laissant au spectateur le soin d’interpréter. Merci, M. Giannoli, de tirer de vos acteurs de telles prouesses psychologiques, et de prendre les spectateurs pour des adultes…

Petit film, un peu lent, mais bon film.

Un prophète

19138702.jpg Bon, j’arrive après la bagarre, si je puis dire, mais comment ne rien dire d’un tel film?

Jacques Audiard  s’est certainement imbibé des films de prison américains, mais sa “version française” vaut les modèles.

Le héros est un anti-héros: il n’a rien, il n’est rien, et pourtant, l’instinct de survie lui commandant l’adaptabilité à tout prix, il va “gagner” au seul jeu accepté en prison, celui du pouvoir.

C’est le film de tous les conflits, dans le huis clos d’une Centrale: le désespoir le dispute à la survie, le cynique à l’humain, l’intelligence à la brutalité crasse, la loi (du milieu) à la morale, la trahison au respect…

Mais notre cellule familiale, notre sphère professionnelle, notre “identité nationale”, notre petite planète ne sont-ils pas autant de “milieux” avec leurs lois impitoyables, leurs jeux et leurs mascarades, où nous nous débattons pour nous faire une place au soleil, croyant que c’est comme cela que l’on donne un sens à sa vie?

Ce film est fort, très fort, il va chercher loin, très loin dans les profondeurs de l’âme humaine, avec l’ironie du désespoir (au sens comte-sponvillien du terme).

Sur le fond et la forme (où l’hyper-réalisme le dispute à l’onirisme), J. Audiard tient là son chef-d’oeuvre, justement reconnu à Cannes.

On ne sort pas indemne de ce film.

Mary et Max

19157079.jpg Où la pâte à modeler en dit plus long que les meilleurs acteurs!

On croit aller voir un “dessin animé” pour les grands enfants, et on en sort touneboulé par tous les grands sujets abordés de façon humour noir par la correspondance d’une petite Mafalda australienne avec un vieux dépressif new-yorkais!

Bon, ce n’est pas le film de l’année, mais ça se laisse voir, surtout que l’art du réalisateur permet à chacun, petits et grands, d’ y trouver son compte, réussissant ce tour de force de nous présenter un désenchantement du monde à la fois décapant et réjouissant.

Il ne faut pas hésiter à aller le voir, même si Telerama fait Bravo!Bravo!…

Le droit à la paresse

Il faut relire Paul LAFARGUE!

Gendre de Marx (Karl), et faisant partie de “l’avant-garde éclairée” du Parti (le vrai, le seul, celui de Jules Guesde), il a écrit en 1883 un petit pamphlet, intitulé Le droit à la paresse (n°30 de la collection Mille et Une Nuits, chez Fayard), qui est plus que jamais d’actualité.

De façon iconoclaste et provocatrice (pour aujourd’hui, donc a fortiori pour son époque), il dénonce un dogme désastreux, “cette étrange folie qui possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste”: l’amour du travail, cette aliénation inventée par les capitalistes pour faire accepter aux ouvriers leur condition d’esclaves des temps modernes!

Quelques citations suffisent à faire comprendre le propos:

“Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralisres, ont sacro-sanctifié le travail.”

“Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique.”

“Les philosophes de l’Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre”…

“Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption.”

“Si les crises industrielles suivent les périodes de sur-travail aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elles le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable.”

“A mesure que la machine se perfectionne et abat le travail d’un homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur comme s’il voulait rivaliser avec la machine. O concurrence absurde et meurtrière!”

“Etant donné les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimitée, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger à consommer les marchandises qu’ils produisent.”

“Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers…”

C’était en 1883…

Alors, allons-nous reproduire indéfiniment les mêmes erreurs, et laisser se développer une société à deux vitesses?

Qu’attendons-nous pour penser et promouvoir une société du non-travail? De bons esprits s’y sont essayé, comme le philosophe André GORZ (voir à ce sujet l’excellent article:  www.inventaire-invention.com/lectures/gibourg_gorz.htm), ou des économistes comme Yoland BRESSON-et son revenu d’existence-, ou Alain LEROUX, qui fait des propositions concrètes pour éliminer la pauvreté. Ce sont de vrais utopistes, et seule l’utopie peut nous sortir de la crise que nous traversons, sinon les mêmes causes produiront les mêmes effets!

Il n’y a pas de fatalité néo-libérale!