Mammuth

mammuth.jpg Tout est boursouflé dans ce film: l’anti-héros, la moto, le script…

Je ne suis pas rentré du tout dans ce film, et je suis insensible à ce genre d’humour, si c’est de l’humour. Groland me fait rarement rire, il est vrai que je la regarde rarement.

Les admirateurs me diront que je ne sais pas me laisser porter par la poésie: je les laisse au ras du bitume.

Ce film est traité comme une mauvaise video prise sur un téléphone portable: clin d’oeil ou manque de moyens?

Depardieu est à contre-emploi, puisqu’il fait dans la sobriété…

Même la Münch, moto mythique s’il en est, n’est pas mise en valeur! 

Je me suis fait avoir par le “coup de coeur” de mon ciné préféré: si c’est ça “la poésie, l’humour déjanté et la contestation sociale”,  alors notre société a du souci à se faire pour sa culture!

Tête de turc

tetedeturc.jpg Si vous pensez à Günther Wallraf, vous faites fausse route: le titre n’est qu’un emprunt

Encore un film sur la banlieue, encore un film sur la violence des banlieues, encore un film sur les bandes de jeunes qui dealent et mettent les quartiers en coupe réglée, encore un film sur la police qui n’est faite que d’hommes qui se débattent comme ils peuvent dans leur condition humaine et dans un métier impossible…

C’est traité comme un thriller américain, avec ce qu’il faut d’aventures parallèles et de rebondissements pour que l’on ne s’ennuie pas…

Mais où va ce film? Je me le demande encore!

Il fait partie de ces films qui exploitent nos tares sociales avec complaisance, mais qui n’a d’autre objectif que commercial, et ça m’embête…

Bon, je me ferai encore avoir!

La journée de la jupe

lajourneedelajupe.jpg C’est une séance de rattrapage… compte tenu de la rumeur, pardon, du buzz autour de ce film, et du César de Mle Adjani: je voulais voir comment l’Education Nationale est traitée dans ce film, et si le César est mérité.

Bôf, trois fois bôf!

D’abord c’est scandaleux de montrer un collège public de cette façon: c’est encore plus caricatural que dans Entre les murs, c’est même grand-guignolesque! A moins que cela soit à prendre au second degré? J’ai les pires craintes sur la façon dont ce film peut être reçu, mais c’est tout bon pour l’enseignement privé!

La police et la politique n’est pas beaucoup mieux traitée: est-ce une consolation?

Si on oublie le collège, qui n’est que prétexte, on trouve un thriller de bonne facture, à l’américaine, qui se laisse voir comme tel. Dommage que les dialogues avec les gamins ne soient pas sous-titrés, car on en perd un peu la saveur si on ne parle pas couramment le djeun-du-9.1… Surtout que dans la salle d’art et d’essai où je l’ai vu, la sono n’est pas excellente: la culture, dans ces conditions, c’est du militantisme, voilà pourquoi ce type de salle fait faillite!

Quant à Mle Adjani, elle ne m’a pas convaincu: elle fait du Adjani, mais elle n’est émouvante qu’à de bien rares moments.

J’en suis sorti avec un malaise: est-ce la bonne façon aujourd’hui de traiter la condition de la femme dans les communautés musulmanes (thème central du film), et plus généralement la violence ordinaire dans certaines banlieues?

On me dira qu’une fiction n’a pas cela pour objet, et c’est justement ce qui me gêne: j’ai du mal à prendre mon plaisir avec les plaies de notre système social!

PS après en avoir discuté et laissé reposer: il paraît que sur la description de ce qui se passe dans certains établissements d’aujourd’hui, il n’y a pas outrance, mais réalisme. Ayant décroché il y a plus de trois ans, je veux bien admettre que les choses vont vite et que la situation s’est dégradée. Mais si c’est vrai, alors c’est gravissime: si les profs ne sont plus respectés, si l’acte pédagogique est empêché par des jeunes qui ne croient plus du tout en l’école et qui y viennent seulement pour les avantages sociaux et pour voir les potes, alors une question s’impose: comment une société dite évoluée peut accepter une telle décadence? En traiter les causes devrait être une urgence nationale, et bien sûr les solutions ne passent pas par la répression, mais par la mixité sociale et la dignité permise à tous (celle de l’utilité sociale par exemple)!

Shutter Island

shutterisland.jpg Je ne suis pas un fan de Scorsese, mais là, il m’a bluffé à un point…!

J’aurais dû être plus méfiant: Di Caprio en flic qui enquête chez les fous, ce n’était pas crédible. Mais pourquoi un si grand cinéaste s’entiche-t-il de cet acteur formaté comme tous ceux de sa génération, les Tom Cruise et les Jonnhy Depp (je le verrais mieux plonger à la recherche de l’épave du Titanic…)? Bon, d’accord, il tient sans doute là son meilleur rôle, et il s’améliore de film en film. Mais il est encore loin derrière les grands acteurs de la génération précédente, et même de nos petits français, si injustement méconnus des Oscars!

Je ferme la parenthèse Di Caprio: heureusement, il n’empêche pas le film d’être un bon thriller, je dirais même plus qu’il met en valeur le jeu d’un Ben Kingsley et d’un Max Von Sydow, excellents tous les deux.

Sorti avant The Ghost Writer, je le trouve comparable: une enquête parsemée d’embûches et de fausses pistes, et surtout un film d’atmosphère, qui vous prend et ne vous lâche plus.

La fin du film est complètement inattendue, et on en sort avec l’impression de s’être complètement fait avoir: je ne sais pas à qui j’en veux le plus, à Scorsese de m’avoir si bien roulé, ou à ma naïveté…

Ce film nous entraîne dans un tourbillon de questions sur la normalité, la folie, l’enfermement, les thérapies mises en oeuvre par des apprentis-sorciers, la vérité et le mensonge, la réalité et l’illusion…

Est-ce un coup de folie? En tout cas M. Scorsese a frappé un grand coup!

The Ghost-Writer

theghostwriter.jpg Le dernier Polanski est une réussite totale: je n’aime pas le people, mais le cinéaste a un sacré talent!

Ce n’est pas un thriller politique à proprement parler, mais un thriller dont le sujet est l’autobiographie d’un homme politique, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’un premier ministre britannique qui n’est pas sans rappeler le prédécesseur de Gordon Brown: Polanski aurait-il eu la prémonition du rôle joué par Tony Blair dans la guerre d’Irak?

En tout cas c’est du ciné-réalité plus que crédible, comme l’est Pierce Brosnan en bête politique (plus crédible qu’en James Bond, mais il a eu la malchance de succéder à un acteur irremplaçable dans ce rôle…).

Ce qui m’a vraiment plu dans ce film, c’est que le nègre est un faux héros opportuniste, qui se trouve embarqué dans une histoire qui le dépasse, et où il va servir malgré lui de révélateur à une énorme manipulation.

Contrairement à Hitchcock, auquel on pense souvent dans ce film, Polanski ne nous livre aucune clé et nous laisse patauger avec le pauvre nègre dans un monde clos et étouffant dont la noirceur… ne peut mener qu’à une issue imprévisible sinon improbable.

Mais comme Hitchcock, Polanski excelle dans la peinture de l’atmosphère d’un huis-clos où tout est étrange, où les dés sont pipés. Le suspense est ineffable, mais prégnant.

Outre Pierce Brosnan, mention spéciale pour Ewan McGregor, en faux naïf ballotté par les deux bouts comme le bouchon du pêcheur, et Olivia Williams, en tragédienne perverse…

Bravo, M. Polanski, vous restez un grand cinéaste.

La révélation

larevelation.jpg Voilà un excellent thriller juridico-politique, d’une actualité brûlante: le procès d’un tortionnaire serbe devant le TPI de La Haye, où l’on découvre que dire le droit dans le domaine des crimes de guerre n’est pas une affaire simple du tout, et que la justice pèse bien peu devant la raison d’Etat!

Ce film évite beaucoup de pièges: il ne tombe pas dans le manichéisme, il ne prend pas partie, il montre sans démontrer, sans pathos et sans voyeurisme. J’aime ce cinéma qui respecte le spectateur et ne le prend pas pour un objet de manipulation, ce cinéma qui le laisse libre de son interprétation, de son ressenti et de son jugement.

Sans grands moyens, et avec des acteurs inconnus (ce qui ne les empêche pas d’être bons…), le réalisateur nous livre presque un documentaire qui pose toutes les bonnes questions: les crimes de guerre peuvent-ils être jugés sans rallumer la guerre, les témoins peuvent-ils venir à la barre sans risques pour leur vie reconstruite, les procureurs peuvent-ils enquêter de façon impartiale, les juges peuvent-ils revendiquer leur indépendance devant la politique, le compromis fait-il partie de l’arsenal judiciaire…?

Le suspense est total, et il n’y a pas vraiment de happy end, comme dans la vie!

J’aime quand le cinéma me raconte des histoires, mais j’aime encore plus quand il me tend un miroir non déformant dont la réflexion déclenche la mienne…

Les invités de mon père

lesinvitesdemonpere.jpg Cela aurait pu s’appeler Un ange exterminateur moldave chez les bobos parisiens…

L’ange exterminateur, c’est le super mannequin de l’Est qui débarque dans une bonne famille qui a le coeur à gôche et le portefeuille à droite, comme il y en a tant chez les bourges, où on est médecin de père en fille, et où le fils qui a mal tourné n’est qu’avocat d’affaires…

Chez ces gens-là, monsieur, on n’est pas dans l’être, mais dans le paraître, on n’agit pas par amour, mais par devoir!

Le grand-père (excellent Michel Aumont) est le seul qui essaie de mettre ses actes en rapport avec ses idées, et au lieu de défendre les sans-papier par des pétitions, il en accueille chez lui: c’est là que tout va basculer et que l’incongruité de la situation va peu à peu faire tomber tout le vernis des comportements et mettre les âmes à nu, le grand-père tombant amoureux de la belle et allant jusqu’à déshériter ses propres enfants pour elle (Karin Viard et Fabrice Lucchini, tout en retenue, nous font un numéro de duettistes épatant: il faut les marier, ces deux-là!).

Le ton est mordant, mais pas encore assez décapant à mon goût: on est dans le politiquement incorrect, mais cela aurait pu aller beaucoup plus loin… et aurait sans doute été beaucoup moins commercial!

On passe quand même un bon moment, et l’humour (des situations et des dialogues) est constamment présent.

Anne Le Ny, la réalisatrice, a un incontestable talent, mais on se prend à rêver d’un Bertrand Blier ou d’un Claude Chabrol s’emparant d’un tel sujet…

Dans le genre comédie douce-amère, c’est pas mal du tout, et suffisamment dérangeant pour que je le recommande.

Piccolo

piccolo.jpg C’est un groupe nancéen de cinq chanteurs a cappella. La mixité est minimum (20%), mais l’idéologie des quota n’a heureusement pas encore atteint le domaine musical…

Leur production est hautement jouissive, et il faut absolument les voir, car c’est là que leurs remarquables qualités scéniques donne toute leur ampleur à leurs excellentes qualités musicales.

Qu’ils s’emparent des chansons revisitées du répertoire ou qu’il s’agisse de leurs créations, ce qui emporte l’adhésion c’est une fantaisie et un humour constamment présents, et ils excellent dans les brocards sur des thèmes d’actualité comme dans la transformation de petits faits de vie en poésie pure .

On ne saurait mieux démontrer que dans la vie tout est musique, pour peu que l’on tende l’oreille…

Un bravissimo à ce groupe: Piccolo ma non troppo!

Invictus

invictus.jpg ou comment un sport de brutes peut ressouder une nation après 42 ans de racisme pur et dur!

On ne voit pas passer les 2H15 du film tellement on est pris à la gorge (coup interdit au rugby, pas au cinéma!).

Un grand sujet, servi par un grand cinéaste (merci, M. Eastwood, autant vous m’avez déçu avec Gran Torino, autant là, vous m’épatez), et un très grand acteur (Morgan Freeman, plus Mandela que nature). Matt Damon fait pâle figure à côté de lui, si je puis dire…

C’est un film historique et politique, au sens noble des termes, et ça change un peu des polars complaisants (Mesrine, pas Un Prophète) ou des comédies douces-amères sur le mal-être des classes moyennes dans une “démocratie” occidentale en fin de civilisation.

Ce qui est vraiment fascinant, dans ce film comme dans l’histoire de l’Afrique du Sud, c’est cette leçon donnée aux blancs, à un pays, et au monde entier, par un homme qui a subi profondément l’apartheid (27 ans de prison dans une cellule de 3 m²), et qui va réussir à tourner la page et à la faire tourner à son peuple, seul contre tous au début. Ce que montre ce film, c’est que la réconciliation (je préfère ça au pardon, à connotation métaphysique) est toujours possible, même après les pires horreurs. Et si Mandela a réusi ce tour de force, c’est, comme il dit, grâce à “son âme insoumise”, qui lui permettait de rester “libre”, même dans sa geôle de Robben Island…

Chapeau M. Mandela, et chapeau M. Eastwood, d’avoir si bien rendu ce grand moment de l’histoire des hommes progressant vers l’humanité!

Le rugby est secondaire, et j’aurais préféré le foot, mais bon, ce n’est qu’un prétexte.

Grand moment de cinéma, et je mets quiconque au défi de rester le coeur sec devant ce film.

En sortant on se prend à rêver: quel Mandela, quel Gandhi, quel Martin Luther King français saura dépasser les clivages communautaires et redonner à la France le goût du vivre ensemble? Ce n’est sûrement pas du côté des golden boys bling bling du CAC40 qu’on le trouvera…

Whatever works

whatever.jpg Vu en cours de rattrapage: merci Télérama!

Je m’étais lassé de Woody Allen, qui ne se renouvelait plus, qui ne me faisait plus rire.

Mais il n’est jamais aussi bon que dans l’auto-dérision! Car si ce n’est pas autobiographique…, et pourtant il ne joue pas!

J’ai ri de bon coeur à cette superbe démonstration du lien entre génie et folie, et de la réversibilité des passions et postures humaines.

Un régal d’humour, un très bon moment.