Le Havre

lehavre.jpg Ou comment se faire avoir par des critiques dithyrambiques sur un exercice de style purement esthétisant.

Si on comprend tout de suite l’intention du réalisateur,  on peut se laisser porter par les images léchées, les cadrages millimétrés, le jeu minimaliste des acteurs, les clins d’oeil anachroniques plus ou moins appuyés (le titre…).

A l’époque du 3D, ce n’est même pas un film en 2D tellement il est sous-dimensionné!

Pour moi qui vais au cinoche pour qu’on me raconte une histoire qui me captive, m’émeuve et/ou me fasse réfléchir, je me suis ennuyé ferme, car non seulement tout est prévisible, mais le parti pris arte povera gomme tout ce qui pourrait éveiller ma sensibilité de spectateur, y compris et surtout au niveau des bons sentiments et d’une morale à deux balles qui ne peuvent enchanter que les grenouilles de bénitier téléramesques.

Mais présenté en video au musée d’art moderne, là je ne dis pas, cela pourrait tirer l’oeil et me faire dire que tout n’est pas à jeter dans l’art moderne…

Si c’est le but de M. Kaurismaki, il a gagné. Moi j’ai perdu deux heures.

Carnage

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Du théâtre filmé? Certes, mais on s’en fout si c’est bon, et c’est excellent, plus que ça, jouissif, quand on aime faire craquer le vernis (le “socialement correct”) pour faire apparaître la vérité des êtres et des rôles.

Yasmina Reza + Polanski, cela ne pouvait donner que du bon. Nom d’un chien, que ça fait du bien de voir ces petits bourges engoncés dans leur médiocrité qui finissent par se dégueuler dessus (au sens sale et au sens figuré…).

Où l’on découvre que la violence des enfants n’est rien au regard de celle des adultes dans les rapports de couples et les rapports de voisinage, et, s’il en était besoin, que la violence du verbe est très méchante et très douloureuse.

Ce film ne fait qu’illustrer magistralement l’équation: homo sapiens = homo violens. Autrement dit, violence rime avec conscience: la violence est inhérente à l’homme, pas à l’animal qui est en l’homme, mais bien à l’homo socius. Sartre traduisait: “L’enfer, c’est les autres”. C’est ce qui arrive quand on n’arrive pas à construire un projet de vie commune qui nous fasse aimer la vie avec les autres. Et cela se décline à tous les niveaux: familial, sociétal, politique…

Merci à Polanski de nous le rappeler en nous faisant rire, car on rit tellement c’est vrai! Magie du cinéma, pouvoir du cinéma, que cette mise en miroir et en distance, qui percute notre sens de l’auto-dérision..

Mieux que Woody Allen, Polanski est un éthologue pertinent, et sa thérapeutique esthétique vaut toutes les pharmacologies.

The Lady

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ATTENTION GRAND FILM (et sortez les mouchoirs…)!

C’est l’histoire d’Aung San Suu Kyi, la Gandhi birmane, prix Nobel de la paix 1991, qui est en train de gagner son pari: faire la nique aux dictateurs militaires qui ont assassiné son père et introduire la démocratie dans son pays.

C’est aussi la belle histoire d’amour d’une famille bi-nationale, que The Lady va sacrifier à son engagement politique.

C’est traité par petites touches, sans grandiloquence (d’aucuns trouvent la musique gnan-gnan, c’est tellement secondaire…), avec la simplicité qui sied aux destins exceptionnels, et on ne voit pas passer le temps (2H07).

Et les acteurs sont excellents: sublime Michelle Yeoh! Quelle ressemblance!

On n’attendait pas Luc Besson dans un tel registre. C’est sans doute pour ça que les critiques professionnels n’y ont pas cru. Heureusement le public, lui, ne se trompe pas!

Merci M. Besson. Il faut courir voir ce film qui fait croire au progrès dans le destin de l’humanité.

Et n’oublions jamais:

« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… » (Aung San Suu Kyi)

Polisse

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J’avais une certaine réticence à aller voir ce film: encore un film sur les malheurs de la police, et sur un tel sujet (pédophilie et maltraitance), ça risque d’être lourdingue. Et puis il y a ce rappeur-cogneur, le Joey qui voudrait être une star…, et qui croit peut-être se redorer le blason en jouant un flic alors qu’il les nique à longueur de “chansons”…

Mais les commentaires élogieux des copains m’y ont incité, et je les en remercie.

Car non seulement ce documentaire sur la BPM (brigade de protection des mineurs) se laisse voir comme un film, mais Maïwenn a su éviter la plupart des pièges avec tact et sensibilité. Ce n’est pas accusateur ni moralisateur, et ce n’est pas du tout complaisant. La violence aux enfants est montrée sans théâtralité,  dans toute sa quotidienneté. Car cette horreur n’est pas le fait de monstres improbables, mais de personnes “ordinaires” que tout un chacun peut trouver dans son entourage immédiat.

Quant à la tranche de vie de cette brigade des mineurs, elle est assez crédible, et me rend admiratif de ces personnes qui consacrent leur vie (professionnelle) à chasser le crime et faire punir (au sens de la loi) les criminels. Comment s’étonner que leur humeur et leur vie personnelle ne s’en ressentent fortement?

Seul l’épilogue m’a laissé perplexe, voire mal à l’aise (était-ce le but de la réalisatrice?): le gamin-victime semble s’en sortir (merci la résilience), mais pas la “bonne” fliquette mal dans sa peau qui ne supporte pas la hargne de son équipière et se retrouve mise au ban du groupe… S’il y en a un, je ne comprends pas le message de Madame Le Besco (mais pourquoi Maïwenn cache-t-elle son nom? Je n’aime pas les femmes qui se réduisent, comme si les machos ne suffisaient pas à leur malheur…). Je me demande si elle n’en fait pas un peu trop pour “plaindre” ces héros ordinaires” que sont les braves policiers qui protègent nos enfants au péril de leur équilibre, voire de leur vie?

Mais bon, à part ça,  le portrait sociologique sonne juste, donne à penser, à se regarder en face et envie d’agir. Et en plus un sujet aussi sinistre est traité avec la distance et même l’humour suffisants pour ne pas lasser le spectateur et le laisser juge.

Bravo Maïwenn Le Besco et merci.

Intouchables

intouchables.jpg Peut-on toucher à Intouchables?

La question n’est pas de savoir si c’est un “grand” film, car il s’agit d’une gentille bluette dans la grisaille ambiante, une comédie-conte de fées basée sur une recette éprouvée depuis La vache et le prisonnier, La chèvre et autre Diner de cons, sauf qu’ici pas d’animaux ni de cons mais deux handicapés (l’un physique, l’autre social) que tout oppose mais dont l’association va profiter aux deux. C’est bien fait, c’est léger, on sourit, et parfois un rire automatique a pu m’échapper. J’en suis sorti avec l’impression d’avoir passé un bon moment, en attendant le prochain spectacle vraiment drôle. Mention spéciale à Omar Sy et Audrey Fleurot (la Joséphine canon - elle l’est toujours -, de l’excellente série française Engrenages). Quant au jeu de François Cluzet, il est un peu… statique (pardon pour le mauvais goût).

En tout cas ce n’est pas un film sur le handicap ni sur le problème des banlieues, qui ne sont que prétexte à comédie et pas à analyse et encore moins à subversion. Une première lecture pourrait même laisser penser qu’il ne suffit pas d’être très riche pour être heureux, que le malheur n’est pas l’apanage des pauvres, et que le hasard fait parfois bien les choses. Autrement dit qu’il suffit de se laisser porter par son appétit de vivre et les vaches (encore!) seront bien gardées…

Donc la question est : pourquoi une telle audience?

Parce que le problème du handicap est traité avec tact? Oui pour le tact, mais le handicap n’est pas un problème à résoudre, c’est une question sociétale de solidarité et de justice, tout comme le problème dit des banlieues, euphémisme cachant une ségrégation à tous les niveaux. Donc ce n’est pas la raison.

Parce que ce film montre une France de la diversité “réconciliée”? Pas plus, car les deux mondes restent bien cloisonnés et ne se croisent que par le hasard d’un “petit” boulot…

Parce qu’il est humain, profondément humain? Vrai pour les deux protagonistes, mais les seconds rôles ont peu d’épaisseur.

Parce que c’est la crise, et qu’on a besoin de rigoler? Je n’ai pas vu une salle pliée de rire, mais il est vrai qu’en période de grisaille, on est attiré par tout ce qui nous en sort…

Autrement dit, toute bonne comédie qui tend à montrer l’homme à son avantage a de bonnes chances de plaire.

Celle-ci et venue à point.

Les marches du pouvoir

lesmarchesdupouvoir.jpg Deux films sur la politique au même moment! Que se passe-t-il chez les réalisateurs? Ils ont décidé de faire de l’éducation populaire ou quoi? Ou bien les derniers avatars des “malades” qui nous gouvernent  ont-ils été jugés assez bankable?

Après un début un peu lent et laborieux, quand l’affaire se noue, cette version américaine se laisse voir comme un thriller.

La pièce se joue en deux actes:

Acte 1: Poker Menteur, ou comment éliminer un collaborateur aux dents trop longues

Acte 2: Sexe et Pouvoir, ou comment le faible masculin pour le sexe dit faible permet au petit malin viré de prendre sa revanche

Ryan Gosling prend indéniablement la vedette sur George Clooney: ce jeune homme a un talent prometteur, et je n’ai pas encore vu Drive…

Sur la forme, ce n’est pas du grand cinéma, c’est filmé comme une série américaine du type Maison Blanche, mais c’est efficace et on dit une fois de plus merci à Nafissatou de nous avoir évité ça en France, jusques à quand…?

Et maintenant on va où?

etmaintenant.jpg  Ah la bonne blague! Quel film réjouissant! Quelle leçon d’optimisme! Quelle claque pour tous les bellicistes, tous les extrémistes religieux et tous les machos du monde! Et, grâce aux femmes, quel espoir de paix!

Je n’en dirai pas plus. Il faut courir voir ce film franco-libanais.

L’exercice de l’état

lexercicedeletat.jpg Ce n’est pas un film, c’est un documentaire, tellement cela paraît vrai!

Et c’est à voir comme tel, pour essayer de comprendre les rouages de l’Etat et le fonctionnement des hommes qui y sont confrontés.

Si c’est pour dénoncer une dérive, c’est très bien fait.

Mais si c’est pour dire “voilà ce que c’est que la politique!” alors c’est totalement déprimant et rebutant.

Ce “film” n’est pas fait pour réconcilier les citoyens avec leurs politiques.

Mais s’il pouvait donner l’envie de changer ça, qu’est-ce que ça serait bien!

Hélas, l’homme politique qui a un tel projet n’est pas candidat aux prochaines présidentielles…

Une séparation

uneseparation.jpg Une petite pause de six mois indépendante de ma volonté m’a fait prendre du retard dans les films à voir: celui-là en fait indéniablement partie. Comme d’habitude, je ne vais pas dire ce qui a déjà été dit par toutes les plumes autorisées, mais dire mon ressenti en voyant ce film.

D’abord j’ai attendu que l’histoire commence. Et quand j’ai eu compris qu’il n’y avait pas d’histoire, mais une tranche de vie dont la banalité est universelle, je me suis intéressé à la façon dont le réalisateur manipulait le spectateur pour l’amener à considérer qu’il n’y a ni bons ni méchants, mais des personnages empêtrés  dans les conditionnements et les contradictions de la vie. Des personnages qui croient que l’on peut se sortir d’une situation intenable en manipulant d’autres personnages, plutôt que de se remettre en cause, c’est-à-dire d’interroger les fondements psychologiques et psychiatriques qui nous meuvent.

On est tenu en haleine par une caméra mobile qui glisse avec virtuosité d’un plan à l’autre, et surtout qui prend la place du spectateur, ce qui le fait participer intensément. On se prend à imaginer un jeu de rôles interactif où les spectateurs interviendraient à leur tour pour dire ce qu’ils feraient à la place des protagonistes…

C’est aussi un film sur le langage, et les pièges du langage. Pour mieux les faire apparaître, le réalisateur a l’intelligence de mettre en creux ceux qui n’ont pas l’usage de la parole, c’est-à-dire les jeunes et les vieux. Ah les regards du grand-père et des petites filles, ils en disent plus long que bien des discours!

Mais quand même, je n’ai pas pu m’empêcher de penser ceci: si cela ne se passait pas en Iran, mais à Sarcelles ou Villepinte, ce film aurait-il connu le même succès et la même portée?

Le fait qu’il se passe en Iran est l’un des principaux intérêts de ce film qui donne l’espoir qu’un jour viendra où les iraniens, après les tunisiens et les égyptiens, prendront conscience que leur destin n’est pas la charia… Ce qui mettra du temps, de la sueur et des larmes pour se traduire politiquement par une démocratie laïque. Il a fallu à l’Occident combien de siècles  pour se libérer (ou presque) du joug que faisait peser la religion sur les consciences et les institutions. On pardonnera aisément à l’Orient de mettre un peu moins de temps!

We want sex equality

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Ah, un film sur 68 et qui ne parle pas de mai! Est-ce pour ça qu’il a plu au Figaro?

Un film sur une lutte syndicale où ce ne sont pas les patrons qui gagnent! Mais pourquoi a-t-il donc plu au Figaro?

Un film où les femmes ont le beau rôle! Un film où il paraît possible de dépasser les conflits d’intérêt! Un film où la politique ne se laisse pas toujours mener par l’économie! Mais pourquoi a-t-il donc plus au Figaro?

L’histoire est sans surprise: on ne doute pas un instant du happy end, et que les affreux sexistes vont en prendre plein leur musette. C’est raconté avec plein d’humour et de finesse, l’émotion est au rendez-vous, les dialogues font mouche.

On passe un très bon moment, on sort dans un état euphorique en se disant que l’homme, pardon, la femme, n’a pas dit son dernier mot et que tout est encore possible.

Et puis viennent les questions: pourquoi l’égalité des sexes est encore au programme des luttes sociales quarante ans après? Comment une poignée de femmes a pu faire plier le capitalisme triomphant des Trente Glorieuses? Pourquoi la dénonciation du sexisme s’accompagne-t-elle d’un parfum de sexisme à l’envers (les hommes ne sont que des incapables, des pleutres ou des vendus, et des machos)? Et quand une ouvrière fait copine avec la femme du patron, est-il indispensable qu’elle parle chiffons et que l’ouvrière emprunte la robe rouge de la bourgeoise? Mais pourquoi donc a-t-il tant plu au Figaro?

On me dira que c’est un clin d’oeil, que c’est de l’humour anglais. Je veux bien, mais cela enlève de la force au film.

Et un film qui fait se poser des questions, c’est forcément un bon film…

En tout cas on comprend que les femmes aient envie d’y envoyer tous leurs hommes…